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[REX] Mon journal de bord avec les agents IA - Épisode 1 : Qu'ai-je gagné ?

REX daté de mes usages des agents IA sur 5 terrains : un seul m'a fait gagner du temps. Effet rebond, intensification : je n'en ai pas gagné, j'en ai investi.

[REX] Mon journal de bord avec les agents IA - Épisode 1 : Qu'ai-je gagné ?

À retenir

  • Formation et blog : l'IA m'aide sur le fond, pas sur la montre. Recherche, rédaction, mise en forme : je ne gagne pas de temps, mais je concentre mon effort sur le fond.
  • Développement : facile sur le simple, laborieux sur le complexe. Mon site s'est monté vite et bien ; mon application s'est enlisée, en piétinant au passage mes propres préconisations de coach.
  • Effet rebond et intensification : la recherche l'annonce, je le vis. Quand produire coûte moins cher, on produit plus, en parallèle et sur son temps libre.

Longtemps, je suis resté éloigné de l'usage de l'IA et même énervé quant à son recours systématique dont je jugeais la valeur créée faible par rapport à son coût (global).

Depuis le début de l'année 2026, je dois bien constater le développement de l'usage et des cas d'usage surtout qui ont commencé à me parler beaucoup plus. Du coup, j'ai commencé à expérimenter plus concrètement principalement en appui de certaines tâches principalement les comptes rendus de réunion.

Puis, j'ai été emporté par la hype de l'IA agentique... Les retours d'expérience, les vidéos présentant les usages, la publicité ? ont eu raison de mes fragiles convictions.

Et surtout, j'ai eu un déclic personnel : depuis des années, mon esprit créatif génère des idées ou des projets que mon caractère fainéant et/ou la peur de confronter ces idées à la réalité bloquent peu après la réflexion initiale, laissant présente la frustration de ne pas me réaliser complètement. Je me suis dit que le moment était sans doute venu pour lancer expérimentation, réalisation de projets jamais lancés, approfondissement de certaines pistes...

Bon, spoiler alert : j'ai fini par faire aussi ce que je rejetais… des montages photos pour illustrer mes prises de parole…

Cet article est donc principalement un journal intime pour prendre note de mon sentiment actuel et questionner ce que j'ai besoin d'apprendre à l'avenir. La partie « Ce que dit la littérature » permet de mettre mon REX dans le contexte et l'état de l'art de la recherche sur l'impact de l'IA.

La grille

Comme pour la température ressentie, je me suis basé sur une mesure subjective du temps et de la valeur. Pour ces deux axes, notés de -5 à +5, j'ai donc :

  • le temps gagné ressenti : 0, pas de gain ; en négatif, du temps perdu ; en positif, du temps gagné ;
  • la valeur produite ressentie : de manière identique, est-ce que cela a généré de la valeur (de mon point de vue).

Dans la partie suivante, tu retrouveras une jauge permettant d'illustrer l'impact ressenti sur le temps et la valeur. En plus, c'est cohérent avec l'enquête METR consultable en ligne¹, qui a un découpage vitesse-valeur.

Le journal de bord

Le contexte le plus frais : la formation

J'avais commencé au début de l'année à utiliser davantage l'IA pour produire le contenu de mes formations. À ce moment-là, c'était avec Copilot, pour générer certaines slides. Ce n'était pas très industrialisé, plutôt pénible à réaliser, même si assez efficace au final.

V2 en septembre : là, je suis monté d'un niveau et j'ai vraiment industrialisé la production grâce à l'IA agentique. Je me suis concentré de mon côté sur les réflexions, mes objectifs, la structuration et le fond du contenu, les points à faire passer absolument dans la formation, en laissant à l'IA le travail de valider que ce que je racontais était cohérent, d'ajouter des références et surtout de produire tous les documents nécessaires pour les deux jours.

J'en retire un impact sur le temps nul :

  • initialement, j'ai eu l'impression de passer énormément de temps sur cette formation ;
  • en analysant les métriques de la discussion, je me suis rendu compte que j'y ai passé beaucoup de temps certes, mais pas plus que ce que j'aurais fait sans IA.

Cette liberté sur la forme m'a permis de me concentrer sur le fond de la préparation, ce qui a été un réel avantage pour moi et visiblement pour les participants (le retour que j'ai eu pour l'instant note cette formation 5/5). J'estime un gain en valeur ressentie à +2,5.

La conclusion que j'en tire, c'est que l'effort s'est déplacé de la forme vers le fond, sans gain de temps mais du temps plus productif.

Formation : temps gagné ressenti 0, valeur produite ressentie +2,5

Le contexte le plus positif : le site myrtille.coach

Là où j'estime avoir eu le meilleur résultat pour l'instant, c'est pour la mise en place de mon site bien qu'il n'y ait pas vraiment d'enjeu métier dans cette production. J'aurais pu utiliser les solutions SaaS existantes, mais passer du temps et de la frustration sur le résultat ne m'a pas attiré, préférant garder la main sur la production. La conséquence étant que je devais prendre le temps de le faire par moi-même. J'ai toujours repoussé cette expérimentation, considérant que je ne l'avais pas, ce temps.

Au final, j'ai utilisé Junie dans IntelliJ, sans beaucoup de méthode : surtout de la discussion avec l'agent pour qu'il mette en place un certain nombre de fonctions. Le résultat est propre et rapide, et je n'ai pas eu à gérer tout ce que je maîtrise mal : le design, l'UX, le CSS.

Par rapport aux mesures, je mets tout à +5, la valeur comme le temps : le temps gagné est certes du temps que je n'aurais pas investi par ailleurs, mais ce temps passé a vraiment été productif et satisfaisant en plus en déléguant ce que je maîtrise moins.

Site myrtille.coach : temps gagné ressenti +5, valeur produite ressentie +5

Le contexte continuellement en cours : les articles de blog

Autre cas similaire à mon ressenti sur la formation : les articles de blog. J'ai globalement eu la même démarche, avec une V1 basée sur Copilot, pas industrialisée, et pas fidèle à ma personnalité en plus.

Et maintenant, une version plus industrialisée : je garde la main sur le pool de sujets, qui viennent de mes idées, sur l'axe et sur l'argumentaire. Je laisse à l'IA le soin de rechercher des sources documentées ; elle m'aide à structurer, à corriger, à valider. Je reste maître de l'édition et du ton.

Même conclusion que pour la formation : cela me permet de me concentrer sur le fond, sans réel gain de temps, mais avec du temps beaucoup plus productif, qui m'aide au final à créer ma valeur, mon positionnement.

Si je ne mets que 2,5 pour la valeur ressentie c'est que pour l'instant, je génère plus de visibilité avec des posts courts et spontanés (cf. le dernier sur Skull King) qu'avec ces articles plus travaillés.

Articles de blog : temps gagné ressenti 0, valeur produite ressentie +2,5

Le contexte le plus pénible : le projet patrimonial

Le sujet qui, pour l'instant, me laisse un réel goût d'inachevé (d'ailleurs, ce projet reste inachevé), c'est cette application patrimoniale.

Je voulais vraiment expérimenter la démarche produit et de développement en m'appuyant sur BMAD, afin de comprendre comment l'utilisent mes pairs, et aussi produire de la valeur sur une application qui m'intéressait.

Mon constat pour l'instant :

  • j'ai passé énormément de temps sur ce sujet pendant l'été ;
  • l'IA aussi a passé énormément de temps sur ce sujet (temps de calcul, capacité de mon abonnement) ;
  • je suis très content de la phase de découverte et de cadrage ;
  • en revanche, je me suis complètement perdu dans la partie delivery, et le résultat n'est pas du tout à la hauteur de ce que j'attendais.

Mon hypothèse de base : j'allais passer moins de temps pour un résultat plus rapide et produire un MVP pour tester.

Le constat, c'est que j'ai a priori fait une vraie mauvaise calibration : nous sommes partis beaucoup trop loin, trop longtemps ; le coach agile étant visiblement mal chaussé…

Je note donc le temps ressenti à -2,5 et la valeur à -2, parce que j'ai la réelle sensation d'avoir perdu mon temps, et d'avoir actuellement un projet non pas qui détruit de la valeur, mais qui n'apporte rien et qui ne me satisfait pas du tout.

Je vais reprendre ce sujet dans les prochains jours, pour essayer de le faire avancer, revoir ce qui ne me convient pas et ce que je peux améliorer. J'espère donc que l'impact sur le temps et sur la valeur va évoluer dans le bon sens.

Projet patrimonial : temps gagné ressenti -2,5, valeur produite ressentie -2

Le contexte le plus personnel : mon entraînement de course à pied

Dernier contexte d'expérimentation, plus personnel : la course à pied. J'ai fait le choix, depuis déjà de nombreuses années, de n'avoir aucun engagement avec un groupe ou avec un entraîneur sur cette pratique. C'est la mienne, et je suis satisfait de la manière dont j'expérimente et dont je fais des erreurs.

En cette fin d'année, j'ai des objectifs sur le 13 km du Rhône :

  • a minima, battre mon record ;
  • un objectif ambitieux, descendre sous l'heure ;
  • un objectif de rêve : avec un temps sous l'heure… « alors peut-être… », comme s'époumonait un célèbre commentateur sportif lors d'un légendaire 4x400 m féminin.

Actuellement, je m'appuie sur l'IA pour valider ma démarche de préparation, pour des propositions d'entraînement et pour la structuration. Le fait drôle, c'est que l'IA est beaucoup plus dure avec moi sur l'entraînement. Sans doute que mon caractère fainéant qui se retrouve aussi dans la préparation de mes objectifs.

Dans ma grille de mesure, je mets -1 en temps, parce que c'est du temps passé que je prends en plus, mais +1 en valeur, parce que ça me permet pour l'instant de structurer davantage et de réfléchir plus à ce que je fais. Pour le résultat final, et donc la conclusion, on attendra fin novembre.

Course à pied : temps gagné ressenti -1, valeur produite ressentie +1

Résumé de mes expériences

Infographie en quadrants : sur cinq contextes, seul le site fait gagner du temps ; formation et blog à 0 en temps et +2,5 en valeur ; course à pied à -1 et +1 ; projet patrimonial à -2,5 et -2

Ce que montre l'infographie : sur cinq contextes, un seul fait gagner du temps, et c'est le moins risqué. Quatre apportent de la valeur, parfois peu. Un seul n'a rien donné pour l'instant : le projet patrimonial, le seul où j'attendais un gain de temps. Sinon sur mes expertises, pas de gain de temps, mais l'effort se déplace vers le fond.

Ce que dit la littérature

Si mon objectif est de prendre note dans mon journal de bord, il est quand même pertinent de comparer mon sentiment à ce que dit la littérature actuellement.

On se trompe sur ce que l’on gagne

Les études METR 2025 à 2026 montrent :

  • des gains ressentis importants¹, alors que les mesures montrent un ralentissement (2025)² ou ne permettent pas de conclure (2026)³ ;
  • 30 à 50 % des développeurs interrogés ont déclaré avoir écarté certaines tâches de l'étude parce qu'ils ne voulaient pas les faire sans IA³.

Quand l'IA devient le mode par défaut, on ne sait plus bien à quoi comparer.

Cela rejoint mon ressenti qui plus est, est allé dans les deux sens (espoir de gagner du temps sur le projet patrimonial et sentiment d’en avoir perdu / sentiment de perdre du temps sur la formation alors que ce n’est a priori pas le cas).

L'IA ne réduit pas le travail, elle l'intensifie

C’est un point que j’ai exprimé implicitement en rédigeant mes retours et qui m’a particulièrement parlé lors de la phase de recherche.

Pendant 8 mois, Ranganathan et Ye ont observé une entreprise tech⁴˒⁵ : les salariés relancent des tâches longtemps repoussées, travaillent en parallèle, envoient des prompts à la pause déjeuner et le soir, sans qu'on le leur demande. Sur le moment, de l'élan ; avec du recul, l'impression d'être plus occupé et de moins décrocher.

Intensification = multitâche et fragmentation de l'attention : les chercheuses décrivent plusieurs fils menés en parallèle et une attention qui saute sans cesse de l'un à l'autre⁴.

Cela me rappelle l’atelier auquel j’ai participé il y a plusieurs années : « le prénom agile »⁶ animé par Alfred Almendra.

Pourquoi ? L’effet rebond

Le paradoxe de Jevons décrit le fait que quand une ressource devient moins chère, on en consomme plus.

J’avais déjà vécu cet effet avec l’accès à la connaissance devenu simple et illimité grâce à mon téléphone et dès que j’avais un doute même en discutant avec des amis, je sortais mon téléphone pour vérifier.

Hamilton Mann parle même d’un « effet rebond cognitif » : ce qui était utile de temps en temps finit utilisé en permanence⁷.

L’accès à de la capacité de travail grâce à l’IA me fait me lancer dans plein de projets et amplifie l’intensification exprimée précédemment.

Je n'ai pas gagné de temps, j'en ai investi

La bonne question n'était donc pas « combien de temps je gagne », mais « combien de temps j'investis, et pour quel retour ».

On l'a vu avec le point précédent : l'effet rebond montre que la valeur devient moins chère à produire, donc on en produit plus, et on y passe plus de temps, y compris son temps libre.

J'avais déjà reçu une alerte avec le talk REX de Karl Furgerot⁸, qui alertait sur le temps qu'il passait, sur son temps libre, à discuter avec l'IA, et sur l'équilibre difficile entre vie perso et ce projet.

De mon côté, j'ai déjà le réflexe du téléphone exprimé plus haut. Je dois donc me mettre une alerte à moi-même : mon usage actuel de l'IA risque d'augmenter mon multitâche, de fragmenter mon attention et d'intensifier mes usages.

Si ça m'arrive, volontairement, sur mon temps libre, que se passe-t-il dans les équipes à qui l'on promet un gain de temps grâce à l'IA ? Ce gain de temps promis peut devenir de l'intensification.

Il devient donc primordial d'avoir un manager ou un coach pour protéger le rythme soutenable⁹ et accompagner le choix de la valeur à produire. La recommandation des chercheuses de Berkeley va dans ce sens : construire une « AI practice »⁵ : un ensemble de normes et de règles communes sur la façon d’utiliser l’IA. L’idée : ne pas laisser chacun s’auto-intensifier dans son coin..

Rendez-vous au prochain REX

Je me donne rendez-vous au prochain REX, avec deux questions ouvertes :

  • comment mesurer factuellement le temps gagné ou perdu, et la valeur ? (Ça fera sans doute l'objet d'un article dédié.)
  • comment trouver l'équilibre entre la facilité de l'outil et la vie perso ?

J'ai prévu de refaire cet exercice d'ici le mois de décembre, avec, je l'espère, une mesure moins subjective.

Notes

¹ METR, "Measuring the Self-Reported Impact of Early-2026 AI on Technical Worker Productivity", metr.org, 11 mai 2026. Enquête déclarative auprès de 349 travailleurs techniques.

² METR, "Measuring the Impact of Early-2025 AI on Experienced Open-Source Developer Productivity", metr.org, 10 juillet 2025. Essai randomisé auprès de 16 développeurs expérimentés.

³ METR, "We are Changing our Developer Productivity Experiment Design", metr.org, 24 février 2026.

⁴ Aruna Ranganathan et Xingqi Maggie Ye, "AI Doesn't Reduce Work—It Intensifies It", Harvard Business Review, février 2026.

⁵ Berkeley Haas Newsroom, "AI promised to free up workers' time. UC Berkeley Haas researchers found the opposite", 18 février 2026 (mis à jour le 28 avril 2026).

⁶ "Le prénom agile", coach-agile.com, 3 juin 2019.

⁷ Hamilton Mann, "AI Productivity's Blind Spot", California Management Review, 26 janvier 2026. L'auteur applique le paradoxe de Jevons au travail intellectuel et parle d'un « effet rebond cognitif ».

⁸ Karl Furgerot (Younup), « IA & vibe coding : comment livrer un produit sans savoir coder ? », talk au TALK IT Tour Lyon – Spécial IA, Lyon, 11 juin 2026.

⁹ Principes sous-jacents au Manifeste agile, 8e principe : « Les processus Agiles encouragent un rythme de développement soutenable. »

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